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Pourquoi une nouvelle revue (scientifique, numérique, pluridisciplinaire et ouverte aux professionnels) entièrement consacrée aux images du travail ?

Publié en ligne le 23 juin 2016

1Nous baignons dans un flux continu d’images, fixes ou animées, qui influent puissamment sur nos représentations, nos manières de sentir et d’agir, nos pratiques sociales, notre travail, nos loisirs… Bref qui orientent nos vies. En retour, nous participons de plus en plus intensément à la conception, à la consommation et à la production d’une part croissante d’entre elles.

2Même si l’image réfère d’abord à la vie familiale et aux loisirs, à la consommation et au spectacle, à l’actualité politique ou mondaine, le monde du travail n’est pas resté à l’écart de cette production inflationniste. On peut ainsi noter la place du travail dans le cinéma contemporain, documentaire comme de fiction : depuis Les Temps modernes ou La Bête humaine par exemple, jusqu’à Ressources humaines ou Violence des échanges en milieu tempéré, depuis La sortie de l’usine Lumière à Lyon jusqu’au récent Entrée du personnel, quelque chose du travail, de sa place dans nos vies, des souffrances ou des joies qu’il occasionne tente de se dire à travers l’image. Quelque chose qui a à voir avec la réalisation du travail et les conditions dans lesquelles les individus l’effectuent, leurs espérances ou leurs déceptions ; toutes réalités que photographes ou cinéastes et avant eux peintres, dessinateurs ou sculpteurs n’ont cessé de documenter, qu’ils aient montré le travail lui-même ou son environnement économique et social. Dans le même temps les parties prenantes des activités de travail, qu’il s’agisse des directions d’entreprises, des groupes professionnels, des syndicats ou de travailleurs en lutte, sont de plus en plus soucieuses de leur image publique.

3Ces constats ne sont pas nouveaux. S’il n’est pas inutile de les rappeler, il importe de les remettre en perspective dans le contexte actuel, marqué par la profusion des images et la spectacularisation de la vie sociale. En somme, il s’agit d’interroger tant la production des images dominantes, celles qui entretiennent le spectacle marchand et l’hédonisme insouciant, que la contre-production d’images critiques, qui travaillent la réalité économique et sociale et tentent de donner à voir ce que le spectacle dominant occulte.

4Depuis peu, et encore avec beaucoup de prudence, les sciences sociales s’intéressent à cette production intense, stimulée par le développement du Web et de la société numérique. Elles tendent aussi à utiliser plus souvent les images dans les différentes étapes de la recherche, en particulier dans le champ des sciences sociales du travail. Les recherches qui questionnent les représentations et les pratiques des individus au travail comme celles qui portent sur les images ainsi produites sont en développement, même si elles sont encore trop rares. Dans un autre registre, les questionnements sur l’utilisation des images dans la recherche en sciences sociales restent sporadiques.

5Il importe donc de faire le point sur ces travaux. La revue Images du travail, travail des images ambitionne de devenir le lieu où les différentes recherches visuelles sur le travail, indépendamment des horizons disciplinaires, seront exposées, discutées, capitalisées. Images du travail, travail des images se propose d’aborder l’ensemble de ces questions. Revue scientifique pluridisciplinaire, elle vise à confronter les pratiques et les recherches en sciences sociales du travail qui mobilisent ou fabriquent des images tout comme celles qui se donnent comme objet l’analyse des images existantes. Revue électronique, gratuite et ouverte à tous, elle s’adresse en priorité aux chercheurs et aux professionnels.

6La revue est semestrielle. Chaque numéro comprend :

  • Un dossier thématique, abordant un aspect clef des images du travail ou des méthodologies de recherche qui intègrent les images, en s’attachant à croiser les points de vue disciplinaires. Cinq dossiers thématiques sont en cours de constitution. Le premier concerne une pratique sociale d’ampleur, déjà ancienne et paradoxalement peu étudiée : les manières dont les groupes professionnels se mettent en image.
    Un entretien filmé et/ou retranscrit d’un grand témoin.
    Des varias, articles permettant à la revue de rendre compte des différents travaux dans le champ et rester au plus près de l’actualité de la recherche.
    La rubrique Images en chantier, qui vise à rendre compte de recherches en cours expérimentant des méthodologies originales mobilisant l’image.
    La rubrique Un œil, une image, visant à faire présenter et à commenter par un  chercheur mobilisant des images ou un professionnel de l’image, une image marquante : photographies, films, documents audiovisuels, dessin…
    Des comptes rendus critiques.

7La confection du premier numéro de la revue et des suivants en cours de fabrication montre clairement les deux grands enjeux de cette revue et les aspects stratégiques pour que ce projet soit une réussite

8La place que doit occuper l’image dans la recherche en sciences sociales est un premier enjeu important de la revue : Images du travail, travail des images accorde la même importante à toutes les images, qu’elles soient fixes ou animées, actuelles ou anciennes. Elle porte une attention soutenue aux « nouvelles images » (pocket film, Web docu, bande dessinée), documentaire sonore, etc.. Il est essentiel qu’à côté de la forme écrite classique, les articles intègrent les images dans leur démonstration. La complémentarité entre texte, son et image doit être recherchée systématiquement.

9Le second enjeu est la nécessité de développer une réelle pluridisciplinarité, qui permette un dialogue fort et permanent entre les différentes approches disciplinaires qui s’intéressent et/ou mobilisent l’image ainsi qu’entre chercheurs et professionnels de l’image. L’ambition est de faire d’Images du travail, travail des images un lieu d’échanges et de débats entre les différentes approches scientifiques et démarches artistiques. La revue souhaite faire se croiser et se répondre des analyses sur :

  • les choix et les enjeux méthodologiques concernant l’usage des images fixes ou animées dans les différents aspects des recherches en sciences sociales du travail ;

  • les représentations des activités de travail dans les productions audiovisuelles ;

  • les différentes productions iconiques actuelles ou plus anciennes dans le champ du travail humain ;

  • les pratiques et stratégies des acteurs sociaux et économiques en matière de production et d’usage d’images fixes et animées et, en particulier, la fabrique des images et des représentations au sein des groupes professionnels.

Pour citer cet article

(2016). "Pourquoi une nouvelle revue (scientifique, numérique, pluridisciplinaire et ouverte aux professionnels) entièrement consacrée aux images du travail ?". Images du travail Travail des images - n°2. Les ouvriers et la photographie : de 1945 à nos jours | Images du travail, Travail des images.

[En ligne] Publié en ligne le 23 juin 2016.

URL : http://imagesdutravail.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1053

Consulté le 22/10/2017.

A propos des auteurs


n°2. Les ouvriers et la photographie : de 1945 à nos jours

La photographie n’a jamais eu le monopole de la représentation du monde ouvrier. Peintres, dessinateurs, caricaturistes ou propagandistes, entre autres, ont largement contribué à en produire des images, dès avant l’invention de la photographie et par la suite. Mais sans doute faut-il considérer que la photographie a pu se prévaloir de deux avantages décisifs dans la concurrence qui a pu l’opposer aux autres modes de représentation : sa capacité à enregistrer le réel qui se présente devant son objectif et donc à le documenter avec une exactitude plus grande que le peintre, par exemple, et la possibilité dont elle s’est dotée très rapidement de reproduire ses images à l’infini, sur les supports les plus divers, pages de livres ou de revues notamment, ou encore cartes postales. Une photographie porte toujours la trace de quelque chose qui a été – cf. le « ça a été » de Roland Barthes (1980) –, elle peut, de ce fait, porter témoignage de la portion de réel qu’elle restitue et son témoignage a pu très tôt être diffusé largement, dans un souci d’intervention ou, plus modestement, d’alerte, selon les intentions du photographe.   Si la photographie s’est ainsi proposée d’emblée comme moyen d’agir sur le monde (Benjamin, 1935/2002), elle est aussi apparue à un moment historique qui invitait à rendre compte des profondes évolutions en cours. Le développement industriel est largement amorcé lorsque L. Daguerre ou W.H. Fox Talbot réalisent leurs premières images. Mais il ne s’agit pas là d’une simple concomitance. L’invention de la photographie ne cristallise pas seulement les progrès de la chimie moderne et ne substitue pas seulement un dispositif technique, à la fois chimique et mécanique, à la main du peintre ; il y a aussi que son développement s’est calé sur la production en série de marchandises standardisées, caractéristique de la transformation alors en cours du mode de production capitaliste (Rouillé, 2005). Les conditions dans lesquelles celle-ci se réalisait ont très vite attiré l’attention des observateurs les plus divers, des philanthropes aux théoriciens du mouvement social en passant par les médecins ou les sociologues. Si l’enquête utilisait encore avant tout les procédés de l’observation ou du questionnaire, les photographes n’ont pas tardé à fournir des images, quelquefois prises dans les lieux mêmes de production, plus fréquemment à leur périphérie.



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Dernière mise à jour : 30 juin 2017

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