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Baschet J. et Dittmar P-O (dir.), 2015, Les images dans l’Occident médiéval, Turnhout, Brepols, l’atelier du médiéviste

frPublié en ligne le 15 décembre 2016

Par Sophie Brouquet

1Paru dans l’excellente collection des éditions Brepols, L’atelier du Médiéviste (n° 14), sous la direction de Jérôme Baschet et de Pierre-Olivier Dittmar, Les images dans l’Occident médiéval réunit trente-neuf auteurs, tous éminents spécialistes de l’iconographie médiévale. Cet ouvrage est tout à la fois important par la masse des informations qu’il délivre et dans sa volonté de cerner tous les aspects de l’image médiévale tout en dispensant des éléments techniques et pratiques à ses futurs historiens. Cet hommage à la démarche novatrice de Jean-Claude Schmitt, l’un des premiers historiens à s’être attaqué à ce vaste continent qu’est l’image, se présente à la fois comme un bilan de l’énorme travail produit par le Gahom, Groupe d’Anthropologie de l’Occident médiéval, et comme une incitation à de nouvelles investigations dans cet immense champ de recherche qu’est l’approche iconographique.

2La démarche est nouvelle comme le souligne Jean-Claude Schmitt dans son introduction. Longtemps, les historiens se sont contentés des textes, et ce n’est que depuis quelques décennies que les images sont devenues des objets historiques, toutes les images, qu’elles possèdent une dimension esthétique ou pas. L’histoire a dû créer ses méthodes pour interpréter cette nouvelle source, inspirées d’autres sciences humaines et sociales, comme la sémiologie, la sociologie, l’anthropologie sociale et culturelle, etc., ainsi que fonde une réflexion sur l’image, ses fonctions, et le rôle qu’elle a joué dans la société médiévale.

3Dans le même temps, le développement des outils numériques a permis la création de bases de données sans lesquelles cette gageure aurait été difficilement réalisable. L’accès aux images, la création de corpus, le croisement des données sont des outils indispensables, mais cet aspect technique ne doit pas dispenser l’historien d’une réflexion sur l’image, envisagée dans la première partie de l’ouvrage intitulée, Images-Objets en situation. Elle s’attache à la matérialité de l’image et à ses usages religieux ou profanes. Onze contributions situent l’image dans leur contexte, chacune précédée d’une mise au point des connaissances, de la remise en question de certaines idées reçues, accompagnées de conseils méthodiques, suivis d’un cas d’étude : l’image dans le livre par Claudia Rabel qui analyse les rapports entre texte et image dans les manuscrits enluminés, l’image et le rituel à propos de la peinture murale par Cécile Voyer et Simona Boscani Leoni, la sculpture monumentale dans l’église et le cloître par Maria Cristina C.L. Pereira, le vitrail par Colette Deremble, les représentations d’architecture par Élisabeth Ruchaud, les orfèvreries et les trésors d’église par Philippe Cordez, les tapisseries et le cérémonial laïque par Laura Weigert, les images processionnelles et la liturgie par Pascal Collomb et Pascale Rihouet.

4Pour conclure cette partie, Jean Wirth s’attache à l’épineux problème de la datation des œuvres et ses méthodes, Jean-Marie Sansterre évoque les textes qui parlent des images, entre croyances et pratiques, et Thomas Golsenne s’intéresse aux images miraculeuses et à l’anthropologie des objets figuratifs.

5La deuxième partie se propose de faire le point sur la pensée figurative autour des grandes questions à poser à l’image, toujours accompagnées d’exemples précis. En effet, l’image n’est pas la simple transposition visuelle d’énoncés ; pensée figurative et verbale ne sont pas étrangères, elles s’associent, dialoguent, mais il est nécessaire d’être attentif aux spécificités de l’image. Il faut insister sur le travail préliminaire de la description des images, étape indispensable du travail : décrire n’est pas une activité neutre, mais un exercice de problématisation dont l’enjeu est de mettre à jour les rapports qui construisent le sens de l’image. Jean-claude Bonne s’attache à souligner un aspect souvent trop négligé par les historiens, celui de l’ornementation, volontiers considérée comme un élément purement formel. Isabelle Marchesin met en avant la composition de l’image aux travers des proportions et de la composition géométrique. Michel Pastoureau évoque le rôle de la couleur. Oleg Voskoboinikov souligne la construction de l’espace. Martine Clouzot met en avant les problèmes de temporalité et de narration tandis qu’Eduardo Aubert questionne les gestes et les postures corporelles. Didier Méhu met en avant les rapports dans l’image, entre centre et périphérie, droite et gauche, haut et bas, etc., Hye-Min Lee et Maud Pérez-Simon reviennent sur les relations texte/image dans les manuscrits. Jérôme Baschet et Séverine Lepape plaident pour la nécessité d’une iconographie relationnelle : chaque image doit toujours être associée à celles qui l’entourent, aux images préexistantes qu’elle cite, transforme et interprète, et donnent de précieuses indications pour constituer un corpus et l’analyser.

6La troisième partie souhaite replacer les images dans le monde social. Philippe Faure revient dans Images et théologie sur les rapports entre Christianisme et l’image. Plusieurs contributions se concentrent sur l’iconographie religieuse, comme celle de Babette Hellemans sur les images de l’exégèse et l’exégèse en images, celle de Marie-Anne Polo de Beaulieu et de Jacques Berlioz, sur les images et prédication. Mais il est intéressant de souligner que la part laissée aux images « profanes », est importante. Brigitte Buettner s’intéresse à l’illustration des savoirs encyclopédiques, Gil Bartholeyns met en avant l’usage de l’image pour étudier la vie quotidienne tout en soulignant que celles-ci sont des représentations, des interprétations et non pas des sources archéologiques. Chloé Maillet évoque une perspective de recherche assez neuve, celle du genre et des images. Pierre-Olivier Dittmar évoque l’animal en image, Nathalie Le Luel, les images profanes et la culture folklorique, Marion Pouspin, les images et idéologie politique, Pierre Monnet, les images et culture urbaine, et Dominic Olariu, le portrait au Moyen Âge tardif.

7Ouvrage essentiel, Les images dans l’Occident médiéval, offre à tout historien qui souhaite s’appuyer sur cette source essentielle à toutes les sociétés – et pas seulement aux médiévistes –, une base de travail aussi généreuse que performative. La réflexion théorique, la pratique ainsi que la méthodologie s’y conjuguent avec une telle richesse qu’il se pose désormais comme un jalon incontournable pour tout apprentissage de la lecture de l’image.

Pour citer cet article

Sophie Brouquet (2016). "Baschet J. et Dittmar P-O (dir.), 2015, Les images dans l’Occident médiéval, Turnhout, Brepols, l’atelier du médiéviste". Images du travail Travail des images - n° 3. Le travail des images dans la démarche de recherche. Analyse réflexive et compréhension de l'objet | Notes critiques | Images du travail, Travail des images.

[En ligne] Publié en ligne le 15 décembre 2016.

URL : http://imagesdutravail.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1275

Consulté le 27/04/2017.

A propos des auteurs

Sophie Brouquet

Après un doctorat d’histoire sous la direction de Jacques Le Goff sur la violence des étudiants à Toulouse aux XVe et XVIe siècle, et un doctorat d’histoire de l’art sur le mécénat des ducs de Bourgogne, elle a mené des recherches sur la vie des artistes à Londres à la fin du Moyen Âge. Ses travaux portent actuellement sur le statut des artistes et les conditions de la production artistique au Moyen Âge et l’histoire du genre et des femmes. Anciennement membre du comité de lecture de la revue Clio, Femmes, Genre et Histoire, elle a dirigé un numéro consacré aux Héroïnes et un autre aux Costumes. Elle est aussi membre de l’UMR CNRS Framespa, Acteurs, Sociétés et Économies. Ces travaux portent actuellement sur les femmes, la violence et le pouvoir.

Articles du même auteur :

n° 3. Le travail des images dans la démarche de recherche. Analyse réflexive et compréhension de l'objet

Produire et/ou utiliser des images dans les démarches de recherche sur les mondes du travail sont des voies d’accès à la connaissance qui se développent dans le champ des sciences sociales. Pour autant les débats contemporains en matière d’enquête avec des images ont été jusque-là plus prompts à en souligner les bienfaits méthodologiques intrinsèques (réels ou supposés) qu’à débattre de leurs implications épistémologiques sur les conditions de production des données de l’enquête. Les apports méthodologiques des images, aussi essentiels soient-ils, laissent cependant en suspens un certain nombre de points aveugles sur l’épistémologie de la démarche de recherche, sur le statut des données d’enquête ainsi produites, sur la relation d’enquête comme relation sociale, ou plus généralement sur les conditions de validité scientifique des assertions produites à partir des images. Entre un pôle minimaliste qui réduit l’image à une fonction d’« llustration » de l’objet – voire d’aide-mémoire à la description – et un pôle maximaliste de la pratique photographique comme « facilitateur inconditionnel » du travail de terrain, y a-t-il une juste place aujourd’hui pour un usage raisonné (donc critique) de l’image (fixe ou animée) dans la démarche de recherche ? Ce troisième numéro d’Images du Travail, Travail des Images propose des analyses réflexives des situations d’enquête produites avec l’utilisation des images fixes ou animées. Photographier ou filmer sur le terrain, tout comme utiliser des images pour susciter de la production de données d’enquête, n’est ni neutre ni sans conséquence sur le mode de questionnement ou la dynamique de la recherche. Les articles réunis dans ce dossier proposent tous d’entrer dans cette discussion sur ce que faire des images fait à l’enquête. Pour cela, ils interrogent différents moments et modalités de frottements aux « mondes du travail » enquêtés dans la temporalité de la démarche de recherche avec les images : lors de la phase de négociation et d’entrée sur le terrain ; dans les relations d’enquête nouées sur la durée entre chercheurs et travailleurs photographiés/filmés ; lors du montage des séquences filmées ; lors de l’analyse des données visuelles produites.



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