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Grand entretien avec Thomas Lilti

frPublié en ligne le 20 juin 2017

1Thomas Lilti est né le 30 mai 1976, il mène ses activités de réalisateur et de scénariste en parallèle de ses études en médecine générale. Entre 1999 et 2004, Il réalise trois courts métrages et travaille comme scénariste pour huit films de fiction, c’est avec ses deux derniers longs métrages tournés sur le travail en milieu médical, Hippocrate en 2014 et Médecin de campagne en 2016, que son cinéma est plébiscité par le grand public. Au cours de cet entretien, Thomas Lilti revient sur son parcours de jeune médecin, sur les conditions d’exercice de ce métier à l’hôpital comme en milieu libéral tout en portant un regard critique sur les études de médecine qu’il a suivies. Toujours un peu en marge et en décalage par rapport aux attentes professionnelles et familiales de son milieu, jamais complètement médecin mais déjà toujours cinéaste, c’est à partir de cet entre-deux qu’il forgera son regard pour filmer à bonne distance et mettre à l’épreuve du cinéma son expérience personnelle du système de soin actuel.

2La relation soignants-soignés en milieu hospitalier, traitée dans le film Hippocrate est pour lui souvent prétexte à installer des scènes intimes révélant les sentiments profonds des personnages, des moments où l'on accède à une autre réalité, une autre ambiance, dévoilant par exemple les coulisses, les normes et les codes des relations hiérarchiques interprofessionnelles entre médecins, internes, infirmières et aides-soignants. Thomas Lilti revient également sur ses influences cinématographiques qui semblent moins marquées par le documentaire que par les images de reportage télévisuel qui laissent selon lui bien plus apparaître certaines ambiances, des éléments de décor, des attitudes, des gestes, véritables sources d’inspiration et de possibles projections pour son travail d’écriture cinématographique.

3Dans Médecin de campagne, l’auteur dresse le portrait de l’exercice d’une médecine en contexte rural et d’un médecin confronté à sa propre maladie. Thomas Lilti rappelle dans l’entretien les moments marquants, les points de bascule dans le récit marqué par des transformations physiques et mentales d'un personnage à la fois soignant et soigné. Dans ces films de fiction, les relations de soin se dévoilent comme des scènes sociales prétextes à des réflexions sur la vie, la mort, l'assistance sociale de la maladie, les frontières entre le normal et le pathologique. Sont ainsi abordées les relations tissées entre science, santé et société : la complexité des relations de soins, des gestes médicaux et des dispositifs thérapeutiques met finalement le spectateur à l’épreuve de ses propres représentations sociales et culturelles, de la santé, de la médecine et de la maladie.

Entretien filmé

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4Filmographie

5> Comme réalisateur

6Quelques heures en hiver, 1999

7Après l’enfance, 2002

8Roue libre, 2004

9Les Yeux bandés, 2007

10Hippocrate, 2014

11Médecin de campagne, 2016

12> Comme scénariste

13Les Yeux bandés, 2007

14Cœur Océan, série TV, saisons 4 et 5, 2009

15Mariage à Mendoza, 2011

16Télé Gaucho, 2011

17Gauguin d'Edouard Deluc (co-scénariste), 2017

18Première Année, 2017

Pour citer cet article

Lucia Candelise, Nadine Michau , Gilles Remillet (2017). "Grand entretien avec Thomas Lilti". Images du travail Travail des images - Grand entretien | Images du travail, Travail des images | n° 4. La relation soignants/soignés à l'épreuve de l'image.

[En ligne] Publié en ligne le 20 juin 2017.

URL : http://imagesdutravail.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1369

Consulté le 15/12/2017.

A propos des auteurs

Lucia Candelise

Lucia Candelise a été la collaboratrice scientifique principale et maitre assistante à l’Université de Genève dans le cadre du projet : « Circulation, transmission et adaptation des pratiques médicales chinoises en Europe. Leur réception en Suisse pour une histoire comparée avec le contexte médical français et italien », FNS 146539, entre septembre 2013 et décembre 2016. Elle mène depuis plusieurs années des recherches sur la diffusion, la réception et les tentatives d’intégration de la médecine chinoise dans les différents pays de l’Europe et d’Afrique en combinant à l’approche historique des enquêtes de terrain. Elle s’intéresse aussi à la patrimonialisation des savoirs médicaux. Elle est associée au laboratoire CECMC, UMR 8173, Chine, Corée, Japon (EHESS/CNRS), rattachée au laboratoire SPHERE, UMR 7219, CNRS/Paris 7, membre (chercheuse libre) à l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique (IUHMSP-CHUV), Lausanne, et au laboratoire CETCOPRA Paris 1 la Sorbonne.

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Nadine Michau

Nadine Michau, anthropologue et cinéaste, réalise depuis plusieurs années des films documentaires ou sociologiques. Elle est actuellement chercheure associée au sein du laboratoire CITERES (UMR-CNRS) à l'Université François-Rabelais, où elle enseigne la réalisation de films documentaires aux étudiants du département de sociologie. Elle a participé à de nombreuses recherches en utilisant le film comme outil d'investigation central. Ses objets de recherches sont principalement liés à la sociologie du travail : d'abord une anthropologie filmée des soins esthétiques en milieu professionnel, elle a  ensuite réalisé des recueils audiovisuels portant sur la mémoire ouvrière industrielle, et vient d'achever un film documentaire sur la profession d'agriculteur. Elle poursuit ses recherches sur la place de l'image dans les sciences sociales.

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Gilles Remillet

Gilles Remillet est anthropologue-cinéaste et membre de l’équipe de recherche Histoire des arts et des représentations (H.A.R) de l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense, membre du CA du Comité du film ethnographique, Paris (http://comitedufilmethnographique.com) et chercheur associé à l’IREMAM, CNRS-MMSH Aix-en-Provence. Après avoir été chargé de mission à la Mission du Patrimoine ethnologique (Gard) et enseigné l’ethnologie à l’Université de Montpellier III, il est aujourd’hui maître de conférences en anthropologie visuelle et filmique au département des Arts du spectacle de l’Université de Nanterre où il enseigne l’histoire, la théorie et la pratique du cinéma en anthropologie. Ses travaux portent sur le cinéma documentaire, l’anthropologie visuelle et filmique, le milieu ouvrier, le champ de la santé, de la médecine et de la maladie. Il est également membre du comité de rédaction de la revue Anthropologie & Santé et porteur du projet Labex Arts-H2H : Consultation médicale virtuelle (CMV) : http://www.labex-arts-h2h.fr/consultation-medicale-virtuelle.html

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n° 4. La relation soignants/soignés à l'épreuve de l'image

À en juger par le nombre croissant des productions audiovisuelles et cinématographiques sur les thèmes de la santé, de la maladie ou de la médecine, force est de constater que les pratiques médicales occupent de nos jours une place importante sur la scène médiatique. Du côté de la fiction, la figure d'autorité du soignant, personnage héroïque au savoir biomédical spécialisé, recèle des ressources scénaristiques inépuisables comme en témoignent, par exemple, les épisodes de la série Dr House (D. Shore, 2004-2012). Mais les failles personnelles du soignant, ses doutes, qu’il soit médecin généraliste (La maladie de Sachs, M. Deville, 1990) ou psychanalyste (In Treatement, H. Levy, 2008-2010) travaillent également les représentations sociales, annonçant en creux une image inversée et critique de la toute puissance du savoir médical, de ses limites techniques et scientifiques et des crises identitaires plus profondes qui traversent le milieu médical actuel. Les mises en scènes d'intrigues autour de la question de la maladie et du soin (Le bruit des glaçons, Blier, 2010) ne manquent pas d’alimenter les préoccupations sociales des patients, désormais récurrentes, autour du droit à l’information médicale, des valeurs et de l’éthique médicale, du traitement des corps dans leurs dimensions biologique, sociale et politique. Au-delà de cette dramaturgie de l’intime (Remillet 2013), présente dans le cinéma de fiction comme dans de nombreux documentaires – La consultation (De Crecy 2009), Hospital (F. Wiseman, 1970), Les patients (C. Simon, 1989) et Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés (M.A. Roudil, S. Bruneau, 2006) –, rares sont les films réalisés dans une perspective anthropologique et accordant une place centrale aux soins du corps (Michau 2007), à la parole du malade, à celle du médecin ou du thérapeute (Candelise 2013, Remillet 2014). Cependant, que nous apprend de plus que les analyses désormais classiques de l'anthropologie de la maladie et de l’anthropologie médicale un acte médical observé, filmé ou photographié, alors que certaines notions clés telles que illness et sickness (Young 1982, Kleinman 1988 et 1997) ont déjà largement contribué à asseoir ces deux disciplines sur le plan théorique ? Qu’en est-il lorsque les chercheurs en sciences sociales tentent d'approcher la « réalité » des soins à travers des prises de vues, qu'elles soient photographiques ou filmiques ?



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Dernière mise à jour : 13 décembre 2017

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